09.11.2010

Mon de Gaulle à moi

de gaulle.jpgLe Général de Gaulle, fut pour moi ce vieux monsieur aperçut dans le poste de télé que mon père écoutait religieusement. De grandes oreilles et des yeux rabattus. Un trémolo dans la voix et une diction très particulière. Un mouvement de tête qui ponctuait les phrases en autant de virgules et de points imaginaires.

Et puis il y eut le lendemain de sa mort. Les choses me reviennent. Je crois que c’est mon frère qui l’apprend le premier.

Le poste de télé est allumé dans lequel trône Léon Zitrone. Ma mère qui rentre la première de son travail ne défait même pas son manteau, abasourdie par la nouvelle. Elle pose ses filets à provisions. Et puis mon père qui arrive à son tour. Son visage qui se décompose sous mes yeux. Il se met à pleurer. Il se signe. Je trouve comique leur bouleversement. Mais très rapidement, je me sens porté moi-même par la gravité de la situation. Quelqu’un est mort qui était de la famille.

Le journaliste affirme qu’une foule de parisiens de plus en plus nombreux se dirigent spontanément vers l’Arc de Triomphe, autour de la flamme, pour s’y recueillir.

Ce soir-là, mon père ne tient pas en place et décide d’y aller et de m’embarquer avec lui.

Sous la pluie et par un froid glacial, me voici au milieu de milliers d’autres français dont j’arrive à peine à la ceinture. Un millier d’hommes et de femmes qui se sont amassés sur ce qu’on appelle encore la Place de l’Etoile à cause de la couleur différente des pavés qui dessinent une étoile justement.

On m’étouffe, on me piétine. Mon père me porte dans ses bras. J’émerge de temps à autre à la surface visible d’une marée sombre et silencieuse, empreinte d’une grande émotion.

De gaulle, ce fut donc ce moment privilégié partagé avec mon père. Nous avions pris le métro pour arriver jusque-là. J’avais compris il me semble le moment historique que revêtait cette soirée si particulière. C’était aussi un sentiment d’abandon que cette foule venue si nombreuse, partageait avec nous.  

A y réfléchir, c’était vraiment une autre époque, tellement lointaine que je suis frappé encore aujourd’hui de porter en mémoire des souvenirs si précis, d’en avoir été le contemporain.

Il y eut un avant et un après. Personne ne s’attendait à la mort du général, pourtant déjà vieux. Et puis le lendemain, tous rassemblée dans la cours d’école, observant une minute de silence.

Le gaullisme est entré dans l’histoire le 10 novembre 1970, au lendemain de sa mort. La semaine qui suivit,  Paris devint la capitale du Monde.

Comme l’histoire est récente, certains portent en eux encore la flamme des valeurs qu’incarnait le général de Gaulle. Mais elles n’existent plus. Elles ont cessé d’exister avec l’arrivée de Georges Pompidou. On était déjà passé à autre chose. Toute une classe politique est née à l’orée des années 70 : celle-là même qui aujourd’hui va disparaître à son tour.

Voir un Général apparaitre quelque fois en costume militaire à la télé ferait froid dans le dos aujourd’hui. Hier, la proximité dans le temps avec seconde guerre mondiale rendait cela imagineable.

Le Général de Gaulle avait une présence paternelle assez respectable. Pour ma part, je ne pense pas que de Gaulle fut autoritaire. Il incarnait l’autorité. Ce qui est tout à fait autre chose.

Il portait cette chose folle en lui qui le laissait supposer qu’il était en prise directe avec les Français, le reste n’étant pour lui, que des corporatismes sans intérêts. Cela explique ses rapports avec la presse et les médias. S’il doutait du bienfondé d’une décision politique, il faisait un référendum. De Gaulle était désintéressé, aussi.

Il nous donnait des conseils, quelques fois même des leçons. Nous étions naturellement placés sous l’autorité d’un homme qui représentait quelque chose de très important. Lorsque je revois toutes ces émissions sur le 18 juin, je continue à considérer que l’exemple du Général de Gaulle est quelque chose qui mérite vraiment le détour, le respect et l’analyse.

Mais à l’inverse d’un Max Gallo qui a commencé sa carrière par un antigaullisme absolu et qui finit comme on le sait, je m’en suis séparé intellectuellement.

Je résiste à cette vision excessivement religieuse d’un pays considéré comme une essence, non susceptible à  se mêler à d’autres essences.  Je crois que c’est la base du souverainisme et donc une religion qui n’est pas la mienne.

Je crois pour ma part que les collectivités humaines possèdent plus ou moins des latitudes d’actions, plus ou moins des contraintes.

Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, certains pays  se trouvent dans une situation très difficile comme la Finlande qui tout en parvenant tout de même  à garder une certaine liberté, a  fait certaines concessions avec courage. En revanche, d’autres pays comme la Pologne, à un certain moment, ont  manœuvré tellement mal, qu’ils ont fini par perdre toute indépendance.

Mais je n’arrive pas à me représenter le corps politique, comme une Nation (c’est d’ailleurs ce que souligne un certain nombre d’arrêts de la Cour Constitutionnelle allemande) comme une espèce d’entité absolue qui serait juxtaposée à d’autres entités absolues.

Je crois plutôt à l’interdépendance, aux souverainetés limitées, je crois qu’on est aussi souverain chez les autres et que les autres peuvent aussi être souverains chez nous. Je ne crois pas trop à la souveraineté en tant que telle, mais je crois au pouvoir de l’influence. C’est ce qui m’a séparé d’un certain type de gaullisme à partir d’un certain moment.

Je ne suis donc pas nostalgique du gaullisme. La réalité est tout autre aujourd’hui.

Notre modèle social est issu de 1945 et ...forcément issu du gaullisme. C’est-à-dire de ce que de Gaulle a voulu mettre en place. Il y avait une véritable mixité économique à l’époque. Nous oscillions entre économie de marché et plan quinquennaux. Personne ne trouvait rien à redire. C’était une politique de grands projets, de grandes ambitions aussi.

C’est de cela qu’il faut continuer à s’inspirer, il me semble.

Enfin, mon de Gaulle à moi est aussi une vision pour la France et une certaine idée de l’Europe.

Et c’est bien le message fondamental de de Gaulle de ce point de vue-là.

Au soir du 18 juin 1940 de Gaulle affirme en substance : vous êtes tous nuls ! Les Allemands sont battus, vous ne le voyez pas encore car vous vous faites une représentation extrêmement imparfaite des forces qui sont à l’œuvre. Ils seront battus tandis que vous resterez fixer sur l’effondrement de la France. Vous ne comprenez pas que dans un an, deux ans, trois ans, se déclarera une deuxième guerre mondiale où Russes et Américains se confronteront aux Allemands et aux Japonais et que l’avenir est aux premiers.

 Il affirme donc qu’il faut que la France soit présente au jour de la victoire  afin qu’elle retrouve sa liberté et sa grandeur. C’est donc exactement cette  maxime que de Gaulle m’est en œuvre : Là où il y a un chemin il y a une volonté. Et lorsque que le chemin n‘existe pas encore, on le trace s’il le faut.

10:13 Écrit par Jean-Pierre Bozzonne (Webmaster) dans 02 Politique en France, 06 Débat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

23.09.2010

A quoi peut servir un sénateur Centriste concernant la Réforme des retraites ?

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La retraite globale des femmes ne représente que 56% de celle des hommes, soit respectivement 822 et 1455 €.

Ce chiffre est d’autant plus alarmant quand on sait que plus du quart de la retraite globale moyenne des femmes provient soit des droits dérivés (réversion, en moyenne 21,3 % de la retraite des femmes), soit des allocations du minimum vieillesse, soit d’autres avantages accessoires (bonification de pension pour enfants par ex.).

De plus, près de 4 femmes sur 10 perçoivent moins de 600€ par mois, alors que ce n’est le cas que d’1 homme sur 10, ce qui explique pourquoi 63% des allocataires du minimum vieillesse sont des femmes. C’est en effet lors du décès de leur conjoint qu’elles deviennent particulièrement exposées à la pauvreté.

Enfin, les femmes valident plus rarement des carrières complètes, leur permettant de bénéficier de retraites à taux plein. Si 34% des femmes ont validé moins de 25 ans à l’assurance vieillesse, les hommes ne sont que 4% dans ce cas. Un état des lieux alarmant…

Lorsqu’on par de de cela à Eric Woerth, il répond « "la retraite n’a pas vocation à corriger l’ensemble des inégalités existant dans l’emploi".

Certes, mais elle n’a surtout pas vocation à les amplifier.

Alors que les retraitées touchent en moyenne 825€ par mois, le recul de l’âge légal de départ a taux plein va pénaliser quasiment exclusivement les femmes. Les 30% de salariées qui attendent 65 ans pour liquider leur retraite auront donc le choix entre prolonger cette période qui est souvent synonyme de précarité ou de chômage et une baisse des pensions.

Cette Réforme, si elle n’était pas amandée serait désastreuses pour l’autonomie économique des femmes.  J'attends des Sénateurs Centristes qu'ils ouvrent le débat.

20.09.2010

Adoption de la Réforme des collectivités territoriales

etat-collectivites-rw.pngLe projet de loi sur la réforme des collectivités territoriales a été adopté à toute allure par les députés, le 16 septembre 2010, en 2e lecture.

Les socialistes étaient absents de l'hémicycle, boycottant les débats à la suite des incidents de la veille sur les retraites à l'Assemblée nationale. Les députés ont profondément remanié le texte voté en juillet par le Sénat. Le vote solennel aura lieu le 28 septembre.

Le texte sera examiné en commission mixte paritaire députés-sénateurs, où un accord est possible, si l'on en croit le député UMP du Rhône Dominique Perben rapporteur du texte (interview au Figaro du 17 septembre).

Le 16 septembre, l'Assemblée nationale a profondément modifié le texte adopté en juillet par les sénateurs.

- Elle a rétabli le scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour l'élection du conseiller territorial (qui remplacera le conseiller général et le conseiller régional à partir de 2014).
- Elle a rétabli à 12,5% des inscrits le seuil de qualification pour le second tour pour les élections cantonales (puis territoriales (fixé à 10% par le Sénat).

- Elle a supprimé la modification des règles de cumul de mandats locaux, voulue par le Sénat. "Vouloir introduire un article sur le cumul au détour d'un texte qui ne vise pas à revisiter l'ensemble de la gouvernance nationale, cela ne paraît pas raisonnable, c'est aborder un vaste sujet par une toute petite porte qui ne permettrait pas de bien le traiter", a fait valoir Michel Piron (UMP).

Seuls André Chassaigne (PCF) et François de Rugy (Verts) étaient présents sur les rangs de la gauche. Le groupe socialiste avait décidé la veille de boycotter les débats jusqu'à la fin de la semaine pour protester contre l'arrêt des discussions sur le projet de loi sur la réforme des retraites, décidé hier, 15 septembre, par le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer.

Répartition plus exclusive des compétences

En juillet, les sénateurs avaient réintroduit la clause de la compétence générale, qui permet aujourd'hui à une collectivité de s'occuper de domaines qui ne sont pas de son ressort, par exemple le logement. La majorité UMP a rétabli une répartition plus exclusive des compétences des départements et des régions.

Par exemple, si une loi attribue une compétence à la région ("compétences d'attribution"), le département ne pourra plus intervenir dans ce domaine. En revanche, une collectivité pourra exercer une compétence non attribuée ("compétences laissées à l'initiative locale"), après délibération en ce sens de ses instances. Cette disposition devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2012

Les députés PS promettent d'abroger le texte

Les députés socialistes ont réaffirmé, le 16 septembre, leur intention d'"abroger ce texte s'ils reviennent au pouvoir et de réaliser "l'indispensable acte II de la décentralisation".
Dans un communiqué intitulé "La décentralisation défigurée", le groupe socialiste réaffirme son opposition à la réforme territoriale du gouvernement, soulignant que "l'UMP n'est animée que par une seule motivation : écarter le contre-pouvoir que représentent à ses yeux les collectivités territoriales".

 Critiques de l'ADF et de l'ARF

Le président de l'Assemblée des départements de France (ADF), Claudy Lebreton (PS), a qualifié la création du conseiller territorial de "véritable aberration aux regards des réalités politiques locales". Il "sera dans l'incapacité de mener à bien" sa double responsabilité, estime-t-il dans un communiqué.
M. Lebreton "déplore" aussi les erreurs que constituent, selon lui, la suppression de la clause de compétence générale pour les départements et les régions, et l'encadrement "drastique" des financements croisés. "Ces dispositions portent un coup fatal au développement de la solidarité territoriale", poursuit-il.

Sur la forme, il regrette aussi que les modifications qui avaient été introduites par le Sénat aient "été systématiquement remises en cause par des amendements du rapporteur ou du gouvernement, d'autant que le Sénat avait su trouver des formules de compromis".
Pour M. Lebreton, la commission mixte paritaire doit être "en mesure de travailler dans la sérénité à l'amélioration d'un texte qui n'est absolument pas à la hauteur des enjeux de la décentralisation" "et du "rôle stratégique" des départements.

De son côté, le président de l'Association des régions de France (ARF), Alain Rousset (PS), affirme que la réforme "démantèle l'organisation territoriale de notre pays et va porter un coup fatal à notre démocratie locale". "Cette réforme ne s'est pas faite avec les élus mais contre eux", estime-t-il.

"Avec la création du conseiller territorial, il n'y a aura pas moins d'élus, mais plus d'élus, il n'y aura pas d'économies, mais plus de dépenses, il n'y aura pas plus de clarté, mais de la confusion dans les mandats et les compétences, il n'y aura pas plus d'efficacité, mais moins d'investissements et moins de services publics de proximité", ajoute-t-il, jugeant qu'elle organise une "recentralisation massive". 

Source : Courrier des Maires.

08.09.2010

Petits arrangements entre amis

umps.jpgDepuis très longtemps, l’un des leitmotiv de Jean-Marie Le Pen est de parler d’UMPS et d’establishment lorsqu’il décrit les relations politico-financières des deux principaux partis républicains de ce pays qui ne sont au fond, à ses yeux,  que les deux faces d’une même pièce.

Observant l’issue judiciaire probable de l’affaire des emplois fictifs (de la ville de Paris) où Jacques Chirac était poursuivi pour « détournement de fonds publics » et « d’abus de confiance » pour 21 emplois de complaisance payés en 1992 et 1995, par son cabinet alors qu’il était Maire de la capitale, on se demande dans quelle mesure le Président du Front National n’a pas en partie raison ?

Au moins les militants UMP seront à quoi auront servis une partie de leurs cotisations puisque 1,7 millions d’euros aura été remboursé par ce parti, à la ville de Paris et à son Maire, Bertrand Delanoë qui a accepté ce protocole d’indemnisation et renoncé à se porter partie civile dans cette affaire. Ce qui permettra à l’ancien Président de la République de comparaître au début de l’année prochaine devant la justice en toute sérénité.

Au moins les parisiens seront à quoi auront servis leurs impôts durant cette même période, puisqu’ils ont été les principaux contributeurs des rémunérations salariales de ces 21 pequins et qu’ils ne seront de toute façon jamais indemnisés de la partie des impôts qui aura servi à financer ces petites magouilles.

 Ces petits arrangements entre amis ont l’air de satisfaire le PS et L’UMP et Nicolas Sarkozy qui s’est même fendu pour l'occasion, d'un communiqué approuvant le principe de cet accord «  Pour Chirac,  c'est notre devoir, votre devoir de la faire. Dans une famille politique, il faut savoir être solidaire ».

Mais de quelle famille politique faisait-il allusion ?

13.08.2010

Afghanistan, : lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Défense.

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Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Défense, Hervé Morin.

Monsieur le Ministre,

Comme beaucoup de français, j’observe notre présence militaire sur le territoire afghan avec beaucoup de circonspection.

Nous sommes de plus en plus nombreux à nous demander si la stratégie occidentale est la bonne et s’il y a une chance qu’elle soit un jour couronnée de succès. Il n’y a qu’à lire l’excellent article du  journal The Times du 26 juillet, pour s’en convaincre. Entre la faiblesse de l’armée Afghane, la corruption du gouvernement afghan, le double jeu joué par le Pakistan, l’échec de l’administration Bush que nous continuons de payer au prix fort et l’augmentation du nombre de tués de nos soldats français ; tout ceci nous porte à nous questionner.

D’autant que l’argent investi sur le terrain militaire est considérable à un moment où nos déficits publics atteignent déjà des profondeurs abyssales.

Nous attendons avec impatience la publication promise par le site Wikileads de mettre en ligne 15000 nouveaux documents militaires et confidentiels sur la guerre en Afghanistan. Ce site est spécialisé dans le renseignement et sans cette contribution, nous en serions encore moins sur les actions militaires mises en place et les résultats obtenus. Il est dommageable que nous devions en passer par des subterfuges de cet ordre pour connaître la pertinence de notre participation dans cette région du monde.

La réponse à notre interrogation  dépend aussi de savoir si la France et ses autres alliés obtiendront  un jour, l'engagement ferme de  la coopération du président afghan, Hamid Karyai, et du commandant de l'armée pakistanaise, le général Ashfaq Parvez Kayani  pour nous aider dans cette tâche. Peut-être, monsieur le Ministre, en savez-vous plus sur leurs intentions, aujourd’hui ?

Dernièrement, la tentative menée par l’armée américaine pour circoncire les forces insurrectionnelles dans la ville de Marja, se sont soldées par un échec.  Les Marines devaient conduire les Talibans du Centre de la ville, vers l’extérieur. Cela supposait une aide de population locale sans que celle-ci ait peur des représailles.

Les Talibans ont rapidement débuté une campagne d'intimidation et d'assassinat. Beaucoup de résidents locaux n’ont pas souhaité s’inscrire à des projets de reconstruction financés par les Américains. Enfin sans l’appui des  forces de sécurité afghanes locales, les Marines ont dû laisser-tomber leur projet et n'ont pas été en mesure d’aller au-delà de la ville de Marja. C’est typiquement le cas d’école que gère quotidiennement, les forces alliées sur place.

L’intensité du conflit et la mort en quelques mois de plus de soldats alliés qu’en huit années d’occupation,  nous rappellent à quel point le changement de stratégie est indispensable de la part des Occidentaux.

Une autre question serait de savoir si notre modèle démocratique est soluble dans toutes les cultures de la planète, et s’il y aurait une justification assez forte, pour  imposer notre modèle particulièrement dans cette  culture afghane, où dominent des valeurs féodales et claniques ?

La menace islamique brandit comme argument des opposants à un quelconque retrait ne tient pas tant on sait maintenant et avec certitude  que les principaux pourvoyeurs  des terroristes se trouvent non pas dans ce pays de montagnes mais bien au Pakistan et transitent financièrement  par l’Arabie Saoudite.

Vous comprendrez que toutes ses interrogations amènent des réponses précises de votre ministère et de vous-même, Monsieur le Ministre, tant en matière de temps, de coût et d’évaluation précise sur les chances de parvenir ou non à une pacification de cette région.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments respectueux.

Jean-Pierre Bozzonne

Président d’Alliance Centriste Hauts-de-Seine

Conseiller municipal de Châtenay-Malabry.

 

 

14.07.2010

Pourquoi je suis de Centre-droit.

le centre.jpgIl y a de nombreuses années que j’observe la vie politique de mon pays. J’en maîtrise quelques clés qui me permettent ici et là, de porter un jugement mesuré sur les uns et sur les autres.

Je suis critique sur la méthode de gouvernance de Nicolas Sarkozy qui ne fait pas, à l’inverse de ce qu’il laisse croire ou entendre, montre d’équité. Et s’il y a bien dans la devise de la République une notion dont les français sont les plus particulièrement attachés, c’est le concept d’Egalité.

Or cette République irréprochable est à mon avis plus proche de l’argument marketing que de la réalité concrète. Mais si la République façon Nicolas Sarkozy n’est pas irréprochable, elle ne l’a jamais été non plus auparavant.

En revanche, il me semble évidement que la miterrandie fut beaucoup plus permissive et opaque par exemple, que ne l’est le Sarkozysme. Combien d’affaires étouffées, combien de mensonges d’Etat, combien de sbires infréquentables, combien de suicides et de petits meurtres entre amis. S’il faut organiser un débat sur ce thème ou rafraichir la mémoire de certains, c’est avec plaisir et gourmandise que je m’y emploierai.

Mais la méthode de gouvernance n’est pas l’action.

Dans un article que j’ai écrit récemment, en réaction à l’affaire Woerth-Bettencourt(*), je laissais entendre que cette nouvelle affaire ne nous apprenait rien qui ne soit véritablement nouveau et que nous ne sachions déjà. Je voulais parler des passerelles permissives qui s’installent entre les différents pouvoirs, qui ont existé de tout temps et qui s’alimentent constamment à l’intérieur et à l’extérieur du pays comme ce qui fonde par ailleurs les relations franco-africaines et qu’on appelle le système Françafrique.

C’est déplorable, il faut améliorer la gouvernance, se battre pour une plus grande transparence et la séparation des pouvoirs ; mais c’est ainsi.

Puis je continuais en écrivant qu’il fallait néanmoins poursuivre le travail des réformes pour le bien commun de notre pays et des français et ne pas se complaire à ne vivre qu’au rythme des rebondissements des affaires. Le « tous pourris » est une paresse intellectuelle démagogique qui nous mène tout droit vers un populisme dangereux (**).

Je ne voulais pas dire pour autant qu’il fallait balayer d’un revers de manche la forme sur le fond. Je soutiens une presse libre et défends le principe de la séparation des pouvoirs. Je m’en suis par ailleurs expliqué (***). J’affirmais que les français, c’est-à-dire vous et moi, ne pouvaient pas se contenter d’immobilisme dans la période économique et financière grave que nous traversions.

Un type du MODEM qui se fait appelé F. NL, ou quelque chose dans ce genre, dont il m’est arrivé de parcourir le blog une fois ou deux et qui se proclame Démocrate Sans Frontière (l’estampillage « Sans Frontière » est en ce moment à la mode et décliné à toutes les sauces) a réagi en écrivant une ânerie du style « A quoi rime l'appel à "continuer le travail des réformes pour le bien commun" quand depuis des années, ces prétendues "réformes" consistent essentiellement à piller le pays et ses finances au profit de quelques intérêts privés et de leurs amis ou complices dans la classe politique ? »

La première chose qui me soit venue à l’esprit à la lecture de son commentaire est que j’avais à faire à un Conservateur. Je suppose que ce monsieur porte la bonne parole Bayrouiste et comme François Bayrou n’est pas encore au pouvoir, il trouve ma position pour la moins ambiguë dès lors que je soutiens l’effort engagé sur les réformes. Tant que je me montre critique sur la gouvernance du pouvoir en place, cela lui sied, mais dès que j’émets l’hypothèse qu’il nous faut quand même avancer pour le bien commun de tous, le voici qu’il part dans un délire à la Besancenot. Ça me confirme que Bayrou et ses émules sont dans une posture Gaullo-Miterandienne qui n’a rien à voir avec le Centrisme.

Jean-Louis Bourlanges rappelle qu’il n’est pas drôle d’être Centriste parce qu’on se situe dans le prosaïsme et le discours de vérité. Dans ce que Raymond Barre appelait la modération impitoyable : on est dans le courage ordinaire des gens qui refusent simplement de dire à tout le monde ce qu’il veut entendre. Ce qui fait bondir les souverainistes et les volontaristes qui vous soupçonnent d’insulter la grandeur de votre pays. Vous êtes donc toujours mis en accusation. Je refuse pour ma part l’équation démagogique du discours déconnecté de la réalité politique et de l’opportuniste dont on fait preuve une fois aux affaires.

Je pense que François Bayrou se montrerait bien meilleur sur la méthode de gouvernance que celle qui est pratiquée par Nicolas Sarkozy (enfin on est en droit de le supposer) mais que ferait-il de si différent sur le fond des réformes ?

Un Centriste ne gouverne jamais seul. Il participe à un pouvoir qui est délibératif. Il croit au régime représentatif, il croit à la délibération parlementaire, à la délibération avec les partenaires sociaux, il pense au fond que ce sont les compromis qui font les réformes et non pas les compromis qui les détruisent. Il est attaché à des valeurs sociales et à une économie libérale.

On me parle de la gauche comme une alternative pouvant réduire les inégalités ! Depuis quand la gauche moderne, celle dont les cadres sont issus de l’ère mitterrandienne a-t-elle contribué à réduire les inégalités ?

L’Observatoire des inégalités est clair là-dessus lorsqu’il affirme dans une étude que «..La croissance a fait davantage le jeu des riches que des pauvres si l’on raisonne en terme d’écart de niveau de vie. Les pouvoirs publics, et donc la couleur de la majorité, n’influence guère les inégalités au niveau général, en tous cas bien moins que l’évolution globale de l’économie. Reste qu’au cours de ces deux périodes, aucune politique de redistribution forte n’a été mise en place, hormis la prime pour l’emploi, créée en 2001 et augmentée ensuite. Dans les deux cas, les baisses d’impôt ont bien davantage profité aux plus aisés et accentué le mouvement au lieu de répartir la richesse. » (****)

Le cheval de bataille de l’inégalité est à la Gauche ce que le thème de la Sécurité est à la Droite. Mais l’un comme l’autre se heurtent au principe d’une réalité sociale qui dans un cas comme dans l’autre est infiniment plus complexe à transformer. L’émergence de nouvelles formes d’inégalités comme l’émergence de nouvelles formes de violences sociales obligent les politiques à renouveler leurs discours volontaristes et à imaginer des nouveaux instruments pour combattre les deux fléaux.

L’un des problèmes majeurs par exemple que traverse les vieilles démocraties comme la nôtre, est que le jeu économique est aujourd’hui profondément mondial et que cela nous oblige à penser différemment lorsqu’on veut protéger notre modèle si particulier. Cela nous oblige au fond à réfléchir sur la notion d’équité plutôt que d’égalité.

De la même façon, on ne traitera pas durablement le problème de l’insécurité dans les banlieues si on ne s’attaque pas de front aux défis que représentent son économie souterraine, aux nouvelles formes de l’intégrisme religieux, à l’invisibilité sociale dont souffrent les jeunes issus de ces minorités dont les parents ne sont toujours pas représentés aux deux Chambres de l’exécutif et, à la bataille à mener pour combattre nos préjugés contre la stigmatisation dont ils sont souvent victimes.

L’économiste de gauche Daniel Cohen, l’exprime très bien  lorsqu’il écrit de la Gauche : » Son problème (à la Gauche) se trouve « dans la difficulté à renouveler sa réflexion sur les instruments à utiliser. La gauche reste prisonnière de l’idée selon laquelle l’économie entraîne le social et du corrélat qui veut que pour agir sur celui-ci, il suffit d’agir sur celle-là. Or cette équation est invalidée deux fois. D’abord, il est de plus en plus difficile de réguler l’économie. Ensuite, à supposer qu’on y parvienne, cela ne suffit plus à résorber les nouvelles inégalités sociales. » (*****)

L’un des problèmes de la Droite classique est son volontarisme qui laisse croire que tout est possible lorsqu’on a la réforme joyeuse et cela, quelles que soient les difficultés économiques extérieures. Jacques Chirac a gagné en 1995 là-dessus : « Si nous voulons, nous pourrons ». Sauf qu’en décembre de la même année la France était dans la rue et qu’à l’adjectif volontariste s’est alors substitué le terme de  Fracture Sociale.

Quant aux socialistes français, leur malhonnêteté verbale est légendaire. Les élections seraient pour le discours et l’opportunisme pour le gouvernement. Toute la construction politique de la Gauche se situe dans un discours de promesses non tenues une fois qu’elle se trouve confrontée à la réalité du pouvoir. Cela exaspère certains et en désabuse d’autres.

Vous ne pouvez pas avec de la malhonnêteté verbale réformer un pays. Parce que les gens sauront que vous leur avez menti. Toutefois, vous pouvez essayer de ne pas faire trop de bêtises en ne réalisant pas celles que vous aviez annoncées mais vous ne pouvez pas animer un mouvement réformateur.

C’est ce que Jean-Louis Bourlanges appelle le refus du verbalisme. L’exemple du moment est la position arcboutée des Socialistes sur la modification de l’âge de la retraite. Sur cette question, les socialistes français se sentent ressaisis par la nécessité de la fidélité à un dogme verbal qui est décalé de la réalité et qui, lorsqu’ils reviendront aux affaires, même s’ils affirment le contraire, ils ne reviendront plus sur le système des retraites. Parce que dans la situation démographique et économique dans lesquelles nous nous trouvons, la vérité est qu’il faut dire qu’on ne restera pas à 60 ans. D’ailleurs dès 1982 c’était déjà une idiotie de l’affirmer et de légiférer. Et maintenant à fortiori...

Voilà pourquoi je ne suis pas de Gauche.

La municipalité dans laquelle je suis Conseiller est UMP par exemple. Il s’avère que le Maire de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) gère sa ville parfaitement bien. Je le dis avec l’aisance de quelqu’un qui s’est présenté contre lui, en tête de liste, aux municipales de mars 2008 sous les couleurs du MODEM.

Et bien je ne confierais pas les clés de la mairie à l’opposition socialiste locale. Non pas par idéologie, mais parce que je suis certain qu’une coalisation de gauche dans laquelle le parti socialiste dominerait, obérerait l’équilibre fragile de cette ville aux faibles moyens financiers et serait dans l’ensemble, une catastrophe économique et sociale. Le niveau local étant là où s’exerce la démocratie la plus vivante, je suis globalement satisfait de la manière dont la municipalité gère la ville de Châtenay-Malabry.

Voici pourquoi j’assume une culture du compromis et non pas une culture du Salut Public. Voici pourquoi je privilégie à la mauvaise gouvernance, le devoir d’agir et de mener des réformes pour que la France conserve son modèle de société équilibré et qu’en revanche, je ne m’empêche pas d’exprimer les convictions qui sont les miennes dans un esprit constructif sans trop utiliser l’arme de la polémique. Voilà aussi pourquoi je suis de Centre-droit.

13.07.2010

Radiographie d'une interview

sarko.jpgLe contexte d’abord : le climat politique français s’est rapidement dégradé en l’espace de quelques semaines, au même moment où l’Equipe de France de football a offert au pays l’image d’une débandade qui restera mémorable. Certains y ont vu comme un signe, d’autres qu’une coïncidence !  L’effet Coupe du Monde n’aura sans doute rien arrangé pour renforcer la méfiance des français face au gouvernement en place.

Ensuite ce fameux mot de rigueur que personne n’assume au gouvernement à commencer par Nicolas Sarkozy lui-même, alors que les mesures de restrictions budgétaires prévues dans la Loi de Finances des 3 prochaines années s’annoncent draconiennes et ne sont toujours pas expliquées aux français.

Enfin la dégradation rapide et alarmante des finances publiques aggravée par la crise financière.

En toile de fond, des cascades d’affaires qui minent un gouvernement épuisé, en état de déroute stratégique, qu’on aurait tort de limiter à l’affaire Woerth-Bettencourt, qui n’est que le point d’orgue d’une suite d’affaires qui s’accumulent depuis l’accession du président au pouvoir et à son mode de gouvernance tout à fait particulier.

C’est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy a accepté, on le devine, sous la contrainte de son entourage le plus proche, de venir répondre aux questions de David Pujadas, derrière les caméras de France 2.

Il a bien fait. Ce fut de loin l’interview la plus réussie de sa carrière présidentielle. Débarrassé de ses tics et de son côté faussement cool, il est arrivé à convaincre qu’il incarnait le Président de la 5ème République qui prendrait à lui la responsabilité des réformes et qu’il les mènerait jusqu’au bout, quoi qu’il advienne, même s’il savait qu’il  y perdrait en popularité.

Sur l’affaire Woerth-Bettencourt, il répond fermement qu’il n’a pas le droit de céder à la fébrilité du commentateur et qu’il fait confiance à Eric Woerth, qu’il maintiendra à son poste et qui achèvera sa tâche jusqu’au vote du texte de la réforme des retraites, en octobre 2010. On ne pouvait être plus clair.

Pour le reste, il parle de calomnie. Il avance pour explication personnelle qu’elle vient au moment de la mise en place de la réforme des retraites parce que certains ont décidé de lui nuire.  « Je bouscule des intérêts, des situations acquises, un certain nombre de gens m’en veulent. Ma femme et moi ont été victimes d’attaques personnelles. On me décrit comme quelqu’un qui va chercher des enveloppes depuis 20 ans chez les Bettencourt.  Mais les français attentent que je les sorte de la crise. Je crois que chacun doit revenir à la raison et se concentre à l’essentiel ».

Il admet un conflit d’intérêt entre la fonction de ministre du Budget et le poste de trésorier de l’UMP. Il confie qu’il a demandé à son ministre d’abandonner ses charges de trésorier du Parti.

Cigares, logements de fonction, avions privés , il a réponse à tout. Ses deux ministres ont commis des « maladresses » et en ont immédiatement tiré les conséquences en démissionnant. « Mon devoir est d’être juste, plein de sang-froid et équilibré ». Ça, c’est sans doute envoyé à l’adresse de toutes celles et ceux qui le perçoivent comme un petit bonhomme agité, névrosé et bourré de tics. Ça y est, il a placé sa phrase !!

Il poursuit : « J’ai promis une République irréprochable. Jamais l’Elysée n’a été contrôlée par la Cours des Comptes avant moi. C’est moi qui l’ai faite entrer en 2007. C’est le troisième contrôle depuis 1958 ». Le Président de la Cour des Comptes est dans l’Opposition tout comme le Président de la Commission des Finances. Si ce n’est pas là une preuve d’irréprochabilité et d’ouverture !

Il reconnait les mauvaises habitudes du train de vie gouvernemental : 10 000 voitures et 7 000 appartements de fonction seront supprimés. La France doit rentrer dans la moyenne des démocraties anglo-saxonnes. Du coup, David Pujadas oublie de lui parler de l’augmentation de son salaire qu’il s’est attribué lui-même et de cet Airbus A330 qu’il s’est commandé dernièrement.

La réforme des retraites n’est que l’avant-goût d’une Loi sur la dépendance et d’une Loi sur l’assurance maladie qui seront beaucoup plus douloureuses. Nous le pressentons et il le sait. Il admet que rien ne sera négociable des points qui ont déjà été définis, même si 2 millions de personnes sortent dans la rue. Au moins tout le monde sait à quoi s’en tenir.

« C’est une réforme essentielle. Si on ne la mène pas, 1,5 millions de français n’en bénéficieront plus par manque de moyens financiers, d’ici à 2020 ». On parle de la réforme des retraites depuis 1991, c’est cette réforme qu’il veut achever en 2010. Tout le monde savait que nous aurions dû le faire bien avant. Il tient au système par répartition. Enfin c’est ce qu’il dit. David Pujadas oublie de lui parler du rôle sulfureux des assurances privées qui aimeraient bien avoir une part du gâteau.

Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans, partiront à 60 ans. Deux ans de travail en plus ramènent 22 Milliards d’euros dans les caisses de la Sécurité Sociale. On a gagné 15 années de vie supplémentaires en 50 ans, alors pourquoi refuser de bosser deux ans de plus ! Affirmé comme cela, ça met tout le monde d’accord ou presque. C’est pédagogique. Sarkozy sera pédagogique toute la soirée. C’est si exceptionnel qu’il me paraît important de le souligner. A certains moments de l’entretien, on le confond presque avec Giscard.

Sur la pénibilité, il est à l’aise dans ses baskets.  « Cette notion n’existait pas jusqu’à présent. C’est nous qui avons créé un droit nouveau ». Il termine sur le chapitre en rendant hommage aux partenaires sociaux. « Ce n’est pas leur rôle d’assumer la réforme mais le mien ».

Le destin a joué contre lui. En deux ans, il a essuyé quatre crises majeures (économique, financière, agricole et de l’Euro). C’est objectivement vrai.

En Europe deux pays tiennent le système : la France et l’Allemagne. Si le monde n’a pas confiance en la France, les taux d’intérêt augmenteront. « J’avais dit que le plan de soutien aux banques ne couterait rien aux contribuables ; il n’a rien couté et a même ramené de l’argent ». Il martèle que la France doit rattraper son retard d’investissement.

Il constate trop de dépenses de fonctionnement et pas assez investissements. Cela fait 40 ans que la France présente un budget en déficit. Ce n’est plus possible. Vu de sa fenêtre, les Collectivités Territoriales doivent suivre les mêmes règles que l’Etat. Que cela plaise ou non. Il dit vouloir s’attaquer aux niches fiscales : 75 milliards d’euros d’économie à la clé. Il dit tenter d’en récupérer 9 milliards rapidement.

Il n’augmentera pas les impôts. « Nous sommes avec la Suède le pays d’Europe où les impôts sont les plus élevés. La France doit rester compétitive ».

Sur le Bouclier fiscale, il tient l’argument : il n’y a pas un pays au monde qui connaisse une fiscalité aussi importante que la nôtre vis-à-vis des personnes les plus riches. En 1997, les socialistes allemands avaient supprimé l’ISF. Quel est notre principal concurrent, client et voisin ? L’Allemagne. Il veut s’inspirer des meilleurs. Le bouclier fiscal existe depuis 20 ans en Allemagne et elle ne s’en porte pas plus mal. Il doit y avoir une raison.

Quant au vilain mot de rigueur, il lui préfère l’adjectif rigoureux.  La rigueur veut dire : baisser les salaires et augmenter les impôts ; être rigoureux c’est rechercher l’équilibre budgétaire ! CQFD.

Sur le G20, il souhaite qu’un nouvel ordre monétaire international soit mis en place, qu’on régule le prix des matières premières et qu’on ouvre la gouvernance mondiale  à l’Afrique et à l’Amérique Latine qui doivent chacun à terme avoir un représentant permanent au Conseil de Sécurité.

Il reprend la litanie habituelle : le moteur Franco-allemand est indispensable. « Merkel et moi  avons appris à nous connaître, même si nous sommes différents, on se respecte ».

Sur le volet sécurité : il prépare un texte pour que soit mis en cause la responsabilité des parents en cas de violence physique de leurs enfants sur les biens et les personnes.  Il maintient la suspension des Allocations Familiales en cas d’absences prolongées des enfants scolarisés.

Il propose que soit créé des établissements adaptés à la réinsertion scolaire des jeunes en difficulté avec un encadrement renforcé.

Pour le décrochage scolaire, il envisage la constitution d’un fichier pour que tout jeune sortant de l’école à 16 ans soit obligé d’avoir une formation ou un travail. Ce fichage se ferait en partenariat avec l’ensemble des équipes éducatives. On les imagine motivées à la tâche.

Sur la décision de nommer les présidents des chaines, il est malin et laisse croire à une avancée démocratique avec toute la transparence qui va avec. « J’ai voulu être  irréprochable. La transparence. Qui nomme qui et pourquoi. Le CSA, le parlement, la commission parlementaire de l’assemblée et du Sénat peuvent s’opposer à ma proposition » Mon œil !

Je passe sur la question de la visite de Thierry Henry à l’Elysée, qui n’a pas pour moi aucune espèce d’intérêt.

A l’issue d’une heure d’entretien très chapitré, son personnage d’Homme d’Etat a gagné en dimension. Il était tant dans la phase internationale qui s’annonce. Après, idéologiquement, on peut être d’accord ou pas avec sa vision de la France et de ses réformes, le jeu reste ouvert.

sarko2.jpgLes français élisent un Président de la République. C’est l’élection majeure, c’est là-dessus que tout s’organise. Tout simplement parce que le Président est élu par le peuple, il s’opère une adéquation entre le vote du peuple et l’idée d’un président fort qu’il lui faut incarner. Nicolas Sarkozy a mis du temps pour enfiler le maillot. Mais les français ont besoin dans leur majorité de cela. Un Président souvent à la limite de la théâtralité, habillé d’une mâle assurance qui leur tienne la main et leur montre le chemin. C’est ainsi depuis de Gaulle et ce n’est pas prêt de changer (ce que je déplore personnellement). Il  pourra parler de quoi que ce soit, de l’équipe de France, de l’état moral de notre pays, de nos enfants, de la sécurité ou des retraites. Les français attendent avant tout qu’il les protège.

Ce soir, Nicolas Sarkozy s'est à nouveau livré à son exercice favori : la communication. A ce sujet, il faut signaler la constance de l'homme dans sa stratégie. L'écart considérable, tout aussi constant et dans presque tous les domaines, entre ce qu'il annonce et ce qu'il en advient.

La société française est fatiguée par la gouvernance de communication, rideau de fumée d'une situation dégradée que l'on tente de dissimuler sous les oripeaux de la réforme permanente. Elle est lasse, non pas tellement des promesses qui s'amoncellent puis s'ensablent, mais des rodomontades, des moulinets, des effets de menton, des provocations et des coups médiatiques en rafales. Elle est irritée par l'omniprésence des « conseillers » qui campent derrière les plateaux de télévision et s'expriment sur tout,  en lieu et place des ministres qu'on croyait à tort chargés des dossiers. Enfin on le supposait... Elle est exaspérée par les porte-parole agressifs, arrogants et sous-éduqués.

Il reste que la gouvernance de communication, des annonces en cascade, des formules chocs, des effets de tribune et du spectaculaire, se heurtent désormais à sa propre usure.

Les leurres destinés à égarer l'opinion sur des sujets dérivatifs font de moins en moins de dupes. Les citoyens prennent conscience qu'en ces temps difficiles, si décalés par rapport à ce qui fut promis, l'exécutif aurait mieux à dire et à faire que de s'occuper de la nomination des présidents des médias publics ou encore des turpitudes d'une équipe de football, pour se limiter à deux exemples parmi beaucoup d'autres.

10.07.2010

Qu’est-ce qu’un homme du Centre ? (première partie)

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Poser le problème ainsi a le mérite d’échafauder  une réponse directe et claire. Une réponse qui ne devra laisser aucune ambiguïté. Cette réponse nous confortera dans nos idéaux et nous apportera l’assurance que nous sommes bien là où nous sommes : the right man at the right place, comme aiment à le dire les anglo-saxons.

C’est ce que feront les véritables Centristes réunis autour de Jean-Louis Bourlanges avec la création de la fondation Tocqueville qui se veut un véritable think-tank visant à  remettre nos idées au cœur de la vie politique française.  

Ce lieu de réflexion  aura l’immense tâche de reconstruire notre famille politique et de ne se concentrer que sur cette mission.  Ensuite, une fois définit notre programme, il sera temps de désigner un homme pour incarner ce que nous sommes et nous présenter devant les français.

 

I - Nous refusons net le souverainisme.

Un Centriste n’est pas un gaulliste qui se chercherait un nouveau père spirituel. Il résiste à cette  tentation, à cette vision excessivement religieuse d’un pays considéré comme une essence, non susceptible de se mêler aux autres.

Vous voyez bien que pensez comme cela, c’est déjà ne plus croire à l’Europe, mais pensez au contraire que seule, une nouvelle forme de souveraineté nationale, pourrait nous sortir des difficultés économiques, sociales et culturelles que nous traversons.  Dans un monde interdépendant, le souverainisme est une croyance désuète, qui n’est pas la nôtre.

Il nous est impossible, à nous Centristes, de nous représenter le corps politique comme une Nation fermée sur elle-même. La France est une Nation forte au sein de l’Europe. Et l’Europe doit encore affermir sa puissance dans le concert des puissances continentales. Nous ne croyons pas à une souveraineté en tant que telle, comme une espèce d’entité absolue qui serait juxtaposée à d’autres entités absolues. Nous croyons au pouvoir de l’influence.

II – Nous refusons l’absolutisme religieux :  

Nous ne sommes pas des démocrate-chrétiens, mais nous sommes souvent chrétiens et démocrates. Ce qui nous épargne de confondre le sens de notre action politique avec nos convictions religieuses.

Christine Boutin pense très profondément que sa pratique politique doit tenir compte des exigences de sa conscience religieuse. C’est cette déclinaison temporelle et séculaire  d’une mise en pratique, dans la cité, de ses convictions religieuses qui nous dérangent.  

Nous sommes des Tocquevilien par nature et par choix. Nous dénonçons ces hommes politiques qui se croient investis d’une mission presque divine vis-à-vis de la France et des français. A tel point qu’ils nous donnent souvent l’impression un peu grotesque de faire don d’eux-mêmes au pays. Nous eûmes en 2007 une sacrée brochette de ces spécimens-ci : à commencer par le trio de tête.

Tocqueville nous apprend à nous méfier de ces hommes politiques devenus des anges d’une rédemption immanente dont Robespierre en serait l’exemple terrifiant et parfait.

III - Nous refusons le réenchantement du politique.

Cela va avec l’absolutisme religieux et le don de soi que certains prétendent vouloir nous offrir. Le Centriste ne marche pas avec cette vision des choses mais affirme comme Marcel Gauchet, qu’il ne faut pas réenchanter la politique.

En cela aussi, on reconnaîtra la démarche de Dominique de Villepin.  On voit bien ce que l’enchantement signifie : c’est le charme, le filtre d’amour d’Iseult, c’est quelque chose qui vous conduit à ne plus être vous-mêmes mais à écouter le son de la flute d’un leader qui emporte les enfants vers des horizons insondables.

 Nous Centristes, sommes  abonnés à un certain prosaïsme qui ne marche pas dans cette affaire-là. Il résiste de toute la force de son âme à ces transfigurations héroïques car il voit très bien (car qui peut faire l’ange, fait la bête) qu’elles aboutissent à des résultats très souvent dramatiques.

milieu.jpg Dans une société où les mots sont usurpés par la communication politique,  nous avons le devoir de défendre une certaine forme de vérité et non pas une instrumentation de la vérité. Quitte à risquer le délien social et à déplaire. Il faut redonner un sens aux mots. Lorsqu’ils pratiquent la contre-exemplarité, les hommes politiques ne le font pas pour déplaire mais au contraire pour haranguer la foule et la séduire par d’autres artifices.

Le courage en politique est l’anti-idéologie de la réussite.  Ce n’est pas le succès qui valide le geste mais le chemin et le sens de ce chemin : qu’il y ait échec ou non.

Toute l’éthique du courage se situe là : par la revendication de nos principes, de nos valeurs et de nos convictions profondes. Même si nous devons pour cela nous écarter des critères de la réussite du spectacle ambiant.

Tocqueville affirme que la démocratie est le cercle de la raison. En traçant ce cercle, on met en évidence ceux qui sont dedans et ceux qui sont en dehors.  

Mais en défendant ce cercle, on travaille aussi à créer de la mort sociale. C’est-à-dire que tout ceux qui souhaitent penser différemment,  qui veulent s’extraire de ce conformisme ou qui veulent promouvoir quelque chose qui s’appelle l’exercice de la raison publique sont souvent cloués socialement au pilori.  Une fondation est le moyen de déconstruire ce cercle, de le  redéfinir et de l’élargir.

La méthode Centriste a de nombreux points de convergence avec la méthode érigée par Jean Monnet : C’est une méthode humaniste et européenne qui  s’oppose à la raison d’Etat et  s’interroge sur  la notion de souveraineté. Les Centristes affirment que les petits et les grands pays doivent unir leur force pour travailler ensemble pour bâtir l’Europe de demain, pour  mettre l’avantage individuel dans l’avantage commun.

On voit bien que dans les autres démocraties, qui ne sont pas marquées par l’héroïsme de la démocratie française, cela se passe plutôt bien. Ce sont des gens qui se mettent autour d’une table facilement, qui émettent des propositions pour dire ce qu’il faut faire pour leur pays, et qui le font en réduisant notamment les majorités entre elles, afin que tout le monde participe dans une saine proportionnalité.

 Notre système parlementaire est tordu. Il offre 100% du pouvoir à ceux qui représentent entre 20 et 30% des français. Ne soyez pas étonné par la suite, que lorsqu’on fait voter une Loi, la rue la refuse.

Ce qui marche en termes d’équation fondamentale est l’alliance des Libéraux et des Centristes. Ce fut la caractéristique fondamentale du giscardisme.

L’UDF n’a fonctionné que parce qu’elle a offert une large part à la doctrine sociale de l’église qui enracinait très nettement une partie importante de l’UDF dans le camp de la solidarité et de l’égalité. Même si d’autres partis revalorisaient plutôt la liberté.

Ce qui s’est passé à partir des années 90 est la dissociation de ces familles ; pour des raisons qui tiennent notamment à la guerre froide, à l’effondrement de l’Union Soviétique, à la réunification allemande. Il y eut un retour en force des identitarismes et une alliance politique dont Margaret Thatcher avait formé le modèle et dont Silvio Berlusconi offre la caricature.

On a vu se reconstituer un National-Libéralisme, fruit du Conservatisme et du libéralisme avec le largage des démocrates-chrétiens qui restaient attachés au modèle social et à l’Etat-providence.

En France, la faillite du Sarkozysme que nous voyons poindre réside dans le fait qu’il ignore une partie de la société française en partant de l’idée libérale qu’il faudrait bâtir une nouvelle société tirée de l’exemplarité des plus riches.

Notre alliance ne pourra se refonder que sur le modèle scandinave, sur un système militant avec des exigences de solidarité qui ne s’arcboutent plus sur un modèle social français complètement à la dérive.

Nous devons rebâtir une modèle  fondé dans les esprits et dans les cœurs. Un modèle où l’ensemble des français soient respectés, où les inégalités se réduisent, où le destin de chaque citoyen soit pris en compte par le pouvoir.

C’est cette analyse-là que doivent faire les gens issus du Centre, de la gauche chrétienne, du libéralisme et du radicalisme s’ils veulent construire un projet qui réponde en profondeur aux besoins des français.  Mais ce ne sera ni le projet de Martine Aubry, ni celui de Nicolas Sarkozy. Si on s’en tient à ces deux modèles de société, on voit bien ce qui nous en distingue.

Le Centre ne s’en tirera pas en étant un additif du Sarkozysme, ou un additif de l’Aubrysme.

(à suivre...)