18.08.2009
L'Afghanistan ou l'erreur Occidentale.
Jeudi, auront lieu les élections présidentielles en Afghanistan dans un climat de terreur orchestré par des Talibans très actifs sur le terrain, menant une guerre psychologique de front et menaçant la population de représailles ; particulièrement dans le sud du pays où les Pachtounes soutiennent Hamid Karzaï en grande majorité.
L’intensité du conflit et la mort en quelques mois de plus de soldats qu’en huit années d’occupation, nous rappellent à quel point le changement de stratégie est indispensable de la part des Occidentaux.
Cette guerre d’expansion en Afghanistan montre ses limites. Les troupes de l’OTAN sont vouées à l’échec et il n’est pas envisageable de laisser croire qu’un nombre supplémentaire de soldats envoyés sur ce front pourrait y changer quoi que ce soit.
En menaçant de couper les doigts de celles et ceux qui se rendront aux urnes (la validation du vote se fait par un encrage d’un doigt de la main) les talibans montrent qu’ils sont bien décidés à perturber cette mascarade démocratique. Il n’est pas d’exemple où une armée d’occupation (ou perçue comme cela) soit parvenue à gagner contre la puissance psychologique d’un peuple. L’histoire en fourmille d’exemple.
Une autre question serait de savoir si notre modèle démocratique est soluble dans toutes les cultures et s’il y aurait une justification assez forte pour imposer notre modèle dans une culture où dominent des valeurs féodales et claniques ?
En cela, Barak Obama se trompe lorsqu’il veut désengager ses troupes positionnées en Irak pour « mettre le paquet » dans un pays qui, manifestement, ne comprend pas la légitimité occidentale à s’imposer sur ses terres.
La menace islamique brandit comme argument des opposants à un quelconque retrait ne tient pas tant on sait maintenant et avec certitude que les principaux pourvoyeurs des terroristes se trouvent non pas dans ce pays de montagnes mais bien au Pakistan et transitent financièrement par l’Arabie Saoudite.
JPB
à lire aussi l'excellent article d'un confrère bloggeur, Gilles Devers, sur le même sujet où Hamid Karzaï tient les femmes pour quantité négligeable. ICI
07:44 Ecrit par Jean-Pierre Bozzonne dans 03 Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, élections présidentielles afghanes, hamid karzai, talibans, conflit barak obama, politique internationale, blo politique, monchatenay.com, jean-pierre bozzonne
03.04.2008
Le Retour de Nicolas Guerre
Devant le parlement de la Grande-Bretagne, Sarkozy a annoncé sur un ton fanfaron le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan. Il s’agirait d’environ mille soldats supplémentaires. Fillon a parlé de « quelques centaines ». Quoiqu’il en soit, cette augmentation des effectifs devrait s’accompagner d’un redéploiement des troupes françaises actuellement à Kaboul vers les zones de combat plus dangereuses, notamment dans le sud du pays.
La guerre en Afghanistan fait rage depuis 7 ans. Pour quel résultat ?
Après la dispersion des talibans, lors de l’invasion initiale, ceux-ci n’ont cessé de renforcer leur position et leurs capacités militaires, d’une année sur l’autre. Ces derniers mois, de nombreux représentants du haut commandement de la coalition ont reconnu publiquement la possibilité bien réelle dune défaite militaire en Afghanistan. Selon le Time Magazine du 31 janvier dernier : « La guerre oubliée en Afghanistan est sous les projecteurs, cette semaine, avec la publication de trois rapports indépendants [sur l’Afghanistan]. Après avoir dépensé 25 milliards de dollars pour tenter de battre les talibans, cette milice islamiste radicale [est] est de plus en plus présente dans plusieurs régions du pays. Les attentats sont de plus en plus nombreux et les talibans financent leur guerre par les profits générés par le commerce de l’opium. L’année dernière, le pays a produit 93% de la production mondiale d’opium, tandis que l’aggravation de l’insécurité a entraîné une baisse de 50% de l’investissement international. »
« Les talibans tuent de plus en plus d’Américains. De 2002 à 2004, ils tuaient, en moyenne, un soldat américain par semaine. Depuis 2007, ce chiffre a plus que doublé. Près de 500 soldats américains ont péri dans cette guerre. Une publication récente du Conseil Atlantique déclare : "Que personne ne s’y trompe, l’OTAN n’est pas en train de gagner la guerre en Afghanistan. Si cette réalité n’est pas compris, et si aucune décision nest prise en conséquence, l’avenir de l’Afghanistan sera sombre, et aura des répercussions [négatives] à l’échelle régionale et globale. »
Le 6 mars dernier, une dépêche d’Associated Press faisait état d’un rapport sur le moral des soldats américains et sur la multiplication des cas de maladie mentale dans les unités combattantes. L’étude, qui portait sur 900 soldats en service en Afghanistan, s’appuyait sur des informations recueillies auprès de médecins, infirmiers, psychologues et psychiatres travaillant auprès des troupes. Elle constate un taux d’incidence de dépression et dautres maladies mentales de 30%. Sur l’ensemble des forces américaines, 121 cas de suicide ont été constatés en 2007, soit une hausse de 20% par rapport à 2006. Le nombre de morts au combat ne cesse de croître. 83% des soldats déclarent avoir été la cible de tirs de mortier ou de projectiles explosifs similaires. A peine 11% des soldats interrogés déclarent que le moral de leur unité est « bon » ou « très bon ».
Le général américain James Jones dirigeait les opérations de l’OTAN en Afghanistan, jusqu’à sa récente retraite. Il porte un regard très sévère sur la situation de la coalition. « Nous sommes en perte de vitesse, dit-il. Les secteurs sous le contrôle des insurgés sont aujourd’hui plus nombreux qu’ils ne l’étaient il y a deux ou trois ans. » On pourrait rapporter des dizaines de citations similaires émanant de commandants des forces de la coalition. Il est clair que les Etats-Unis et leurs alliés dont la France sont en train de perdre la guerre en Afghanistan.
La guerre en Afghanistan fait partie de la stratégie globale des américains pour le contrôle des ressources pétrolières et leur acheminement à travers cette région de très haute importance stratégique.
En 2001, Jacques Chirac, avec l’appui de la coalition du gouvernement PS-PCF de l’époque, avait décidé de participer à la guerre en Afghanistan. Jusqu’à présent, en dehors des opérations de police et de formation militaire, dans le calme relatif de la capitale, la participation de la France à la guerre a essentiellement consisté en bombardements aériens appuyant les troupes américaines au sol. Mais face à l’enlisement des soldats américains et à l’effondrement de leur moral, le gouvernement des Etats-Unis a fait lourdement pression pour une « meilleure répartition » des engagements au sol entre les pays membres de la coalition.
L’arrivée de troupes françaises supplémentaires n’aura absolument aucun effet sur l’évolution de la situation militaire, sur le terrain. La seule chose qui changera sera le nombre de soldats français qui seront tués, blessés et mutilés aux cours des combats. Ce sont eux qui paieront au prix fort la note cette opération. L’implication plus importante de la France dans la guerre en Afghanistan n’a rien à voir avec les « droits de l’homme » ou la « démocratie ». A l’abri des regards, des contreparties ont forcément été négociées avec l’administration américaine. Par exemple, la décision de Sarkozy n’est peut-être pas sans rapport avec l’autorisation accordée à Total de participer à la prospection et l’exploitation de ressources pétrolières en Irak, notamment à Majnoun.
La politique de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de l’Afghanistan place les partis de gauche devant leurs responsabilités. L’attitude de la direction du Parti Socialiste, dont les préoccupations principales portent sur des formalités parlementaires, est totalement insuffisante. Le « débat parlementaire » tant réclamé n’aura absolument aucune conséquence pratique comme la quasi-totalité des débats de ce genre. Même s’il y avait eu un vote, on sait pertinemment que la majorité de l’Assemblée validerait les décisions prises à l’Elysée.
07:14 Ecrit par Jean-Pierre Bozzonne dans 03 Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, guerre, politique internationale





